Bénarès Varanasi : la ville sainte du Gange, ce qu’il faut savoir avant d’y aller

Bénarès, Varanasi, Kashi : trois noms pour une seule et même ville, située en Uttar Pradesh sur la rive ouest du Gange. Varanasi est le nom officiel, Bénarès celui utilisé pendant la période coloniale et encore aujourd’hui en français, Kashi le nom sanskrit ancien qui signifie « ville de lumière ». Si vous cherchez l’une de ces appellations, vous cherchez la même destination : l’une des plus anciennes villes habitées en continu au monde et la cité sainte la plus importante de l’hindouisme.
Pourquoi Varanasi est-elle une ville à part dans l’Inde entière ?
Varanasi Inde concentre une charge symbolique et spirituelle sans équivalent sur le sous-continent. Pour les hindous, mourir à Kashi garantit la libération du cycle des renaissances — le moksha. C’est pourquoi des croyants viennent du monde entier s’y recueillir, s’y baigner dans le Gange ou y accompagner leurs proches lors de leurs derniers jours.
La ville n’est pas seulement un lieu de pèlerinage. Elle est aussi un centre intellectuel et artistique millénaire. La musique classique hindoustanie, la soie de Bénarès (les fameux saris de Banaras), la philosophie védique et la poésie ont longtemps rayonné depuis ses ruelles. Cette accumulation — spirituelle, culturelle, architecturale — explique pourquoi Varanasi reste à part dans l’imaginaire de ceux qui voyagent en Inde.
Les ghats de Varanasi : le cœur vivant de la ville
Les ghats sont des escaliers de pierre qui descendent jusqu’au Gange. Varanasi en compte plus de quatre-vingts, sur environ six kilomètres de berge. Chaque ghat a sa fonction, son histoire et son atmosphère propre.
Le Dashashwamedh Ghat est le plus animé et le plus central. C’est là que se déroule chaque soir la Ganga Aarti, cérémonie rituelle au cours de laquelle des prêtres hindous offrent la lumière au fleuve à travers des flambeaux, des fleurs et des chants. La cérémonie commence généralement au coucher du soleil et dure environ une heure. Elle rassemble chaque soir des centaines de pèlerins et de visiteurs. Assister à la Ganga Aarti depuis un bateau ou depuis les marches du ghat est l’une des expériences les plus marquantes que Varanasi puisse offrir.
Le Manikarnika Ghat est le principal ghat de crémation de la ville. Les bûchers y brûlent vingt-quatre heures sur vingt-quatre, trois cent soixante-cinq jours par an. C’est un lieu de deuil et de rite funèbre, pas un spectacle. Les familles qui accompagnent leurs défunts méritent discrétion et respect absolu. Si vous passez devant, il convient de ne pas photographier les cérémonies, de ne pas s’approcher sans y être invité, et de rester en retrait. Certains guides locaux proposent une explication respectueuse du contexte religieux pour ceux qui souhaitent comprendre la signification de ce lieu.
Les autres ghats méritent également l’attention : le Scindia Ghat avec son temple à moitié immergé, l’Assi Ghat au sud où se retrouvent étudiants et pratiquants de yoga à l’aube, ou encore le Panchganga Ghat, l’un des plus anciens et des plus vénérés par les pèlerins.
La balade en bateau sur le Gange : voir Varanasi depuis le fleuve
La balade en bateau à Varanasi est incontournable. Elle permet de longer les ghats depuis le fleuve, ce qui donne une perspective impossible à obtenir depuis les berges. On voit simultanément les crémations, les bains rituels, les lavandières, les enfants qui jouent, les sadhous méditant et les fleurs d’offrandes qui dérivent sur l’eau.
La promenade se fait généralement en barque à rames, tôt le matin (vers 5h30-6h) quand la lumière est douce et la vie sur les ghats déjà intense, ou le soir avant la Ganga Aarti. Les bateliers négocient le tarif à l’avance : mieux vaut fixer un prix avant de monter et éviter les intermédiaires non sollicités.
Compter environ une heure pour une balade complète du sud au nord des ghats principaux. Certains voyageurs préfèrent louer une barque privée pour avoir la paix ; d’autres rejoignent des petits groupes pour partager les frais.
Kashi Vishwanath et les temples de la vieille ville
Le temple Kashi Vishwanath est le sanctuaire shivaïte le plus sacré de la ville et l’un des douze jyotirlinga (piliers de lumière) reconnus dans l’hindouisme. Il est dédié à Shiva, divinité tutélaire de Bénarès. L’accès aux non-hindous est restreint à la cour extérieure du complexe rénové, inauguré en 2021 dans le cadre d’un grand projet de réaménagement qui a transformé le quartier environnant.
La vieille ville de Varanasi — appelée localement les ruelles ou gallis — est un labyrinthe dense de venelles à peine assez larges pour deux personnes. On y croise des processions funèbres portant les défunts sur des civières vers les ghats, des vaches sacrées qui bloquent le passage, des marchands de fleurs, des hommes qui transportent des bidons de lait, des enfants en uniforme scolaire. Cette ville ne se visite pas à grande vitesse. Elle se découvre en se perdant, de préférence avec un guide local qui connaît les passages, les temples cachés et leur signification.
Un guide local à Varanasi n’est pas un luxe mais un vrai atout. Il permet d’éviter les malentendus, de comprendre les codes de conduite dans les lieux sacrés, et d’accéder à des explications que les panneaux informatifs ne donnent pas.
Sarnath : le berceau du bouddhisme à 10 kilomètres
À une dizaine de kilomètres au nord-est de Varanasi se trouve Sarnath, lieu où le Bouddha prononça son premier sermon après avoir atteint l’Éveil. C’est l’un des quatre sites les plus sacrés du bouddhisme mondial, avec Bodh Gaya, Kushinagar et Lumbini.
Sarnath peut se visiter en une demi-journée depuis Varanasi, de préférence le matin. Le site comprend les ruines du monastère Dhamek Stupa (Ve siècle), un musée archéologique qui abrite le célèbre chapiteau aux lions — modèle de l’emblème national indien — et des temples construits par les différentes communautés bouddhistes (tibétaines, japonaises, sri-lankaises, thaïlandaises). L’atmosphère y est calme et recueillie, très différente de l’intensité de la vieille ville.
Associer Varanasi et Sarnath dans un même séjour permet de comprendre pourquoi cette région de l’Uttar Pradesh est considérée comme l’un des berceaux spirituels de l’Asie.
Combien de jours prévoir à Bénarès Varanasi ?
Deux jours constituent le minimum pour saisir l’essentiel sans se précipiter. Trois à quatre jours permettent une expérience plus posée.
| Durée | Ce que l’on peut voir |
|---|---|
| 1 journée | Ghats, Ganga Aarti, balade en bateau |
| 2 jours | + Vieille ville, Kashi Vishwanath, Sarnath |
| 3-4 jours | + Ghats secondaires, musées, marchés, promenades au lever du soleil |
Une seule journée est insuffisante pour vraiment comprendre la ville. La multiplicité des couches — spirituelle, architecturale, humaine — demande du temps et de la disponibilité.
Conseils pratiques avant de partir pour Varanasi
Meilleure période. La saison idéale se situe entre octobre et mars. Les températures sont agréables (15 à 28 °C), le ciel est dégagé et les festivals hindous comme Diwali ou Dev Deepawali (novembre) transforment les ghats en spectacle de lumières sur le Gange. Éviter les mois de mai à juillet : chaleur extrême, parfois 45 °C, et humidité en juillet lors de la mousson.
Photos et respect. Le Manikarnika Ghat est un lieu funèbre : ne pas photographier les bûchers ni les familles en deuil. Sur les autres ghats, demander toujours l’accord avant de photographier une personne qui prie ou se baigne. La règle générale est simple : si vous n’oseriez pas photographier quelqu’un dans cette situation chez vous, ne le faites pas ici.
Tenue vestimentaire. Les épaules et les genoux doivent être couverts pour entrer dans les temples et sur certains ghats. Prévoir un châle ou un paréo léger.
Se repérer dans la vieille ville. Les applications GPS peinent dans les ruelles étroites. Un guide local ou une carte papier du quartier des ghats reste plus fiable. Donner un point de repère précis (le nom d’un ghat) plutôt qu’une adresse quand on prend un rickshaw.
Eau et hygiène. L’eau du robinet n’est pas potable. Le Gange est un fleuve saint pour des centaines de millions de personnes, mais fortement pollué : les bains rituels sont le choix des pèlerins et non une recommandation sanitaire pour les voyageurs étrangers.
Accès. Varanasi dispose d’un aéroport international (Lal Bahadur Shastri) avec des liaisons vers Delhi, Mumbai et quelques destinations internationales. La ville est également accessible en train depuis la plupart des grandes villes indiennes. La gare de Varanasi Junction est la principale.
Soie, musique et artisanat : l’autre visage de Bénarès
Varanasi n’est pas seulement une ville de pèlerinage. Elle est aussi l’une des capitales artisanales de l’Inde, réputée depuis des siècles pour ses tissus de soie. Les saris de Bénarès (Banarasi sarees) sont considérés parmi les plus beaux du pays, tissés à la main avec des fils d’or et d’argent selon des motifs transmis de père en fils dans le quartier des tisserands. Ils figurent sur la liste du patrimoine culturel immatériel et sont offerts lors des grands mariages hindous à travers toute l’Inde.
Les ateliers de tissage se concentrent dans les quartiers de Madanpura et Alaipura, légèrement à l’écart des ghats. Une visite chez un tisserand, même brève, permet de comprendre la complexité de ce travail — certains saris nécessitent plusieurs semaines de fabrication.
La ville est également associée à la musique classique hindoustanie. Plusieurs des plus grands musiciens indiens du XXe siècle y sont nés ou y ont étudié. Des concerts de musique classique sont parfois organisés en soirée sur les ghats ou dans des maisons particulières ; renseignez-vous auprès de votre hôtel ou d’un guide local.
Les marchés de la vieille ville regorgent d’épices, de fleurs d’offrandes, de bois de santal, de rudraksha (graines sacrées utilisées comme chapelet), d’images pieuses et d’objets rituels. Ces ruelles commerciales sont vivantes à toute heure, mais particulièrement intenses tôt le matin et en fin d’après-midi.
Ce que Varanasi révèle sur l’Inde profonde
Il est difficile de rester indifférent à Varanasi. La ville confronte directement à des questions que les sociétés occidentales tendent à écarter : la mort, le temps, la foi collective. Les crémations se déroulent en plein air, en présence de la famille, sans la mise à distance que l’on connaît ailleurs. Le deuil est visible, public, ritualisé depuis des siècles.
Cette absence de frontière entre la vie quotidienne et le sacré est sans doute ce qui frappe le plus les voyageurs à leur arrivée. La ville ne cherche pas à plaire au tourisme : elle existe pour ses habitants et ses pèlerins depuis plus de trois mille ans. Le visiteur y est accueilli, mais il est l’invité d’un lieu qui se passe très bien de lui.
C’est précisément ce qui rend Bénarès Varanasi aussi difficile à oublier.
